Trois poils, trois réponses
« Est-ce qu’on peut le tondre » est la question qu’on me pose le plus souvent, et c’est aussi celle à laquelle il est impossible de répondre sans voir le chien. Non parce que chaque cas serait un mystère, mais parce que la réponse dépend d’une chose simple et rarement connue : le type de poil.
Il y en a trois qui comptent ici. Le poil qui pousse en continu, celui du caniche et du bichon. Le poil dur, celui des terriers. Et le poil double, celui des chiens de berger et des spitz. Le premier se coupe, le deuxième s’épile, le troisième se brosse. Un seul des trois se tond sans dommage.
Le poil qui pousse sans s’arrêter : il se coupe
Caniches, bichons maltais, shih tzus, spitz, bergers australiens : chez eux le poil ne tombe pas, il pousse, exactement comme un cheveu. Il faut donc le raccourcir, faute de quoi il continue jusqu’à s’emmêler sur lui-même.
La bonne façon de le faire est la coupe aux ciseaux, qui suit la texture du poil et la silhouette de la race. La tondeuse ne vient qu’en appoint, là où elle est vraiment nécessaire. Elle n’abîme rien sur ce type de poil ; elle donne simplement un résultat plus plat et moins durable, et c’est un choix, pas un accident.
Le poil dur : il s’épile, et la tondeuse l’abîme
Fox-terriers, West Highland, scottish et cairn terriers, schnauzers, griffons, teckels à poil dur : leur poil ne tombe pas tout seul, il faut aller le chercher. C’est le trimming, ou épilation, qui consiste à retirer le poil mort mèche par mèche, à la main et au couteau à trimer, pour laisser repousser un poil neuf.
Cela ne fait pas mal. Sur un poil prêt, avec le bon matériel, le chien ne s’en aperçoit pas : ce qu’on retire ne tient déjà plus.
La tondeuse, elle, coupe le poil au lieu de l’enlever, et le résultat se voit vite : le pelage devient terne, mou et cotonneux en deux ou trois séances. C’est irréversible. Un terrier tondu une fois par commodité ne retrouvera pas sa texture, et c’est la raison pour laquelle je préfère expliquer longuement plutôt que d’obtempérer.
Le cocker relève du même raisonnement par un autre chemin : chez lui le ciseau ouvre le poil et le laisse feutrer, si bien que l’épilation remplace complètement la coupe.
Le poil double : il se brosse, il ne se raccourcit pas
Bergers allemands et australiens, border collies, huskies, chow-chows, bouviers bernois, loulous de Poméranie, golden et labradors : ces chiens portent deux poils, un sous-poil dense et un poil de couverture. Ce n’est pas une épaisseur, c’est une structure, et la tondeuse ne sait pas faire la différence entre les deux.
Un poil double ne repousse pas comme avant. C’est la phrase qui compte, et elle est sans nuance : le sous-poil revient vite, le poil de couverture parfois jamais, et le pelage reste irrégulier pendant des années. Il m’arrive de refuser de tondre un chien quand cela lui ferait plus de tort que de bien, et c’est presque toujours de ceux-là qu’il s’agit.
Ce qu’ils demandent, c’est un démêlage complet jusqu’à la peau, un bain, et surtout un séchage entier. Le séchage n’est pas la fin de la séance chez eux : c’est une bonne part de la séance, et c’est lui qui remet le poil en place.
Le seul cas où l’on tond quand même
Il arrive qu’un pelage soit trop feutré pour être démêlé. Quand les nœuds sont serrés contre la peau, tirer dessus ferait souffrir l’animal, parfois pendant des heures : la tonte courte devient alors la seule option raisonnable, y compris sur un poil qu’on n’aurait jamais touché autrement.
Et elle fait du bien. La peau respire, les irritations guérissent, le poil repart sain. On règle ensuite ensemble un rythme d’entretien qui évitera d’avoir à y revenir, parce que c’est une décision qu’on ne prend pas deux fois de gaieté de cœur.
Ce qui se décide sur place
Rien de tout cela ne se tranche par téléphone ni par formulaire. Je regarde le poil, je passe le peigne, et je vous dis ce que je ferais et pourquoi, avant de commencer. Vous restez libre de décider autrement : c’est votre chien.